Vie de campus : pour Hélène Dang Vu, l’université doit « être ouverte sur la ville »
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Vie de campus : pour Hélène Dang Vu, l’université doit « être ouverte sur la ville »

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    Quels sont les atouts et les faiblesses des campus à la française ? Comment créer davantage d’interactions entre le campus et la ville ? Hélène Dang Vu, maître de conférences à l’université de Nantes, détaille, pour le site de la CPU, quelques pistes de réflexion, issues de ses travaux sur les éco-campus en France et à l’étranger, et sur la relation entre campus et villes. Alors que la CPU tiendra son colloque annuel, les 25, 26 et 27 mai prochains, à l’université d’Orléans, sur le thème de la vie de campus, l’analyse d’Hélène Dang Vu lui apportera des éléments de réflexion pour construire son programme.

    CPU : Quelles sont les différentes typologies de campus en France, avec leurs atouts et leurs faiblesses ?

    Hélène Dang Vu : Je distinguerais trois types de modèles : l’université dans la ville, la ville universitaire et le campus. En France, ce sont le premier et le troisième modèle qui prédominent.

    L’université dans la ville : il s’agit du modèle d’université le plus ancien puisque c’est le modèle des universités médiévales. En France, l’université de Paris ou celle de Montpellier en sont les exemples les plus forts. On y observe des liens tout à fait intéressants entre l’université et son territoire car la vie universitaire est imbriquée dans la vie urbaine. Ce modèle est caractérisé par la concentration d’activités universitaires dans un quartier circonscrit : libraires, copistes, restaurateurs, bailleurs pour des logements étudiants. L’université impose son rythme au quartier. Et en même temps, elle se nourrit de cet environnement urbain.
    C’est un modèle qui revient en vogue. Depuis 10 ans, on note le retour d’un certain nombre d’universités dans les centres urbains. Je pense notamment à l’université d’Amiens, ou à celle de Nantes qui est en train d’installer l’une de ses antennes sur l’Ile de Nantes.

    L’université dans la ville présente de nombreux avantages en termes de qualité de vie pour les étudiants ainsi que pour les personnels : offre culturelle large, lieux de vie et de sociabilité… Mais cette implantation pose plusieurs problèmes dont le principal est celui de l’espace qui est contraint et onéreux : les maîtres de conférences et les doctorants sont souvent amenés à partager leur bureau. L’université n’a pas forcément le patrimoine qui correspond à ses effectifs. De plus, les locaux sont souvent très anciens, ce qui peut poser des difficultés, notamment en termes d’isolation thermique.

    La ville universitaire : l’exemple fondateur est l’université d’Oxford, en Angleterre. L’Université s’implante volontairement à la périphérie d’un petit bourg, par désir d’autonomie par rapport aux autorités des grandes villes. C’est l’Université qui donne du dynamisme à la ville car elle propose de nombreux services pour assurer la vie des étudiants. En France, il n’existe pas de ville universitaire en tant que telle.

    Le campus : il s’agit d’un espace clairement délimité, différencié au départ du reste de la ville et entièrement dédié à l’activité universitaire. C’est un modèle qui nous vient des Etats-Unis, de Harvard, plus précisément. Le site choisi est loin de la ville et de ses contraintes. L’université se présente d’abord comme une communauté aux modes de vie bien particuliers et surtout en retrait de la société. La campagne et la nature sont idéalisées car associées au calme des grands espaces.

    Les campus à la française ne renvoient pas du tout à cette idéologie américaine. Et il est important d’assumer notre différence et d’affirmer un modèle de campus spécifique. Contrairement aux Etats-Unis, l’implantation des campus sur le territoire est planifiée par l’Etat, dans une logique de répartition équilibrée.
    En France, la plupart des campus ont été construits dans les années 60 (campus de Toulouse le Mirail, campus de la source à Orléans, université d’Amiens, université de Reims…), puis dans les années 90 pour répondre à l’augmentation très rapide des effectifs étudiants. La construction des bâtiments s’est faite dans une certaine précipitation, ce qui est sans doute à l’origine de bon nombre de problèmes.

    Le principal avantage de ces bâtiments est très certainement l’espace qui permet, notamment, un accueil adapté aux étudiants et aux doctorants, la création d’équipements sportifs, la construction de bâtiments supplémentaires si besoin.
    Mais, revers de la médaille, ces vastes surfaces peuvent donner l’impression de grands espaces peu animés qui ne favorisent pas la rencontre entre les étudiants de disciplines différentes pourtant à l’origine de l’émulation intellectuelle. De plus, dès 18 heures, les espaces souvent désertés, peuvent notamment poser des problèmes de sécurité.

    Je pense que tout l’enjeu est de réfléchir en termes de diversification des usages de ces campus. On pourrait imaginer qu’ils soient ouverts à d’autres catégories de populations comme des collégiens, des lycéens, des résidents à proximité… Cela permettrait de diversifier les populations, de favoriser l’implantation de nouvelles activités, et par là même, d’augmenter les plages horaires d’utilisation de ces espaces.

    Avez-vous des exemples de campus étrangers pourraient inspirer la France en termes de vie étudiante ?

    Au cours de mes recherches, les expériences étudiantes qui m’ont semblé les plus intéressantes, sont celles où les étudiants étaient en contact avec la population environnante.

    Deux exemples me viennent à l’esprit :
    l’université de Louvain-La-Neuve, en Belgique : les étudiants sont réellement dans la ville, intégrés aux autres populations et développent, entre eux, une vie collective très forte. Les kots-à-projets qui y sont développés me paraissent particulièrement intéressants car ils permettent aux étudiants d’avoir une activité commune partagée.
    – Aux Etats-Unis, les services « out-reach » (les activités sociales de proximité). Il s’agit de tous les services universitaires qui rendent possible les interactions entre les étudiants et les habitants des alentours : aide scolaire, sensibilisation aux MST, nettoyage des rues, aide à la rénovation des façades, animation dans les écoles du quartier… L’engagement étudiant est très valorisé et est même considéré comme une partie intégrante de la formation.

    Quelles sont les actions à mettre en place pour favoriser le lien entre l’université et son territoire ?

    Cette interaction se produit sur plusieurs registres :

    – L’interaction institutionnelle : les équipes dirigeantes des universités et les élus locaux doivent travailler ensemble car, dans bien des cas, leurs intérêts se recoupent. Par exemple, à l’université de Nantes où je suis enseignante, il y a un très beau campus qui pourrait être davantage ouvert aux Nantais qui ne le connaissent pas, bien qu’il soit situé sur les bords de l’Erdre, une zone très connue et très fréquentée par la population. Pourquoi ne pas organiser des événements autour de cette rivière, de façon à ouvrir l’université sur la ville?
    – L’engagement des étudiants dans les associations. La présence du théâtre sur le campus est un élément très important car il propose des manifestations culturelles comme concerts, pièces de théâtre… accessibles à tous les publics. La population est ainsi invitée à se rendre régulièrement sur le campus ce qui permet des interactions entre les universités et la ville.

    L’université française doit réfléchir aujourd’hui à la diversification des usages de ses espaces. C’est la clé pour développer les liens entre l’université et son territoire et pour donner aux campus un supplément d’âme.

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