CPU 50 ans - La CPU comme objet de thèse : épisode 2

Etienne Bordes a soutenu sa thèse en histoire contemporaine en octobre dernier, à l’Université Toulouse 2 Jean-Jaurès. Passionné par l’histoire et les mutations des universités, il a consacré ces 5 dernières années à sa thèse « La Conférence des présidents d’université (1971-2007) : une socio histoire du gouvernement des universités ».

Après l’épisode 1 au cours duquel l’enseignant-chercheur nous expliquait pourquoi il avait pris la CPU comme objet d’étude, celui-ci nous dévoile ici quelles sont les spécificités d’une thèse en histoire récente, à travers les outils traditionnels utilisés et sa propre expérience.

Recherches historiques et recherches sociologiques y sont mêlées. Chacune avec leur spécificité, elles entendent apporter une compréhension objective, globale et précise de la Conférence des présidents d’université de 1971 à 2007.   

Quelles sont les spécificités d’une thèse en histoire récente ? 

Ma thèse couvre la période allant de 1971, année de création de la CPU, à 2007, date à laquelle la loi d’autonomie des universités est votée. Traiter d’une histoire aussi proche a donné à mes recherches un caractère bien particulier.

Les historiens qui se penchent sur l’histoire récente sont des défricheurs : les objets qu’ils découvrent n’ont encore jamais été exploités, et les archives jamais ouvertes. Il n’existe donc aucun d’antécédent auquel se référer.

Cela donne lui également une grande responsabilité !

Par ailleurs, traiter de l’histoire très immédiate implique certaines spécificités dans la méthodologie.

Le chercheur dialogue davantage avec les autres disciplines. Dans mon cas, ce fut la sociologie et la science politique.

Autre spécificité : le chercheur peut avoir accès à des témoins vivants. C’est une chance incroyable car les témoignages permettent d’avoir des éléments qui ne sont pas visibles dans les fonds d’archive, tels des éléments de contexte personnel ou de politisation, et donnent ainsi une épaisseur au travail.

Ma démarche découle de tous ces éléments.

Une thèse socio-historique

Ma thèse est un travail socio-historique, et les travaux en sociologie de Christine Musselin (1) m’ont beaucoup inspiré.

Lors de mes recherches, j’ai utilisé des méthodes typiques d’un travail historique : j’ai consulté les archives de la CPU, déposées par cette dernière, en libre accès, aux archives nationales dans les années 90, puis dans les années 2000.

J’ai pu aussi consulter des fonds privés, conservés soit dans des institutions (et notamment à la CPU), soit chez des acteurs : je pense notamment aux anciens présidents.

Ces données m’ont permis de compléter les 7 ans qui me manquaient.

J’ai consulté aussi la presse généraliste et spécialisée : l’AEF a été pour moi d’une grande aide.

Certaines démarches relevaient davantage de la recherche sociologique :

  • L’enquête orale auprès des anciens présidents d’université, des acteurs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. J’ai mené ainsi une quarantaine d’entretiens ;
  • Une prosopographie : cette démarche qui est utilisée aussi bien en sociologie qu’en histoire consiste en une juxtaposition de biographies individuelles, qui permet de comprendre l’évolution de la CPU à travers les âges.

Je remercie d’ailleurs tous ceux qui m’ont offert de leur temps, et sans lesquels mon travail n’aurait pas eu la même épaisseur…

→ Rendez-vous en début d’année pour l’épisode 3 autour du thème « Quelles sont les grandes différences entre la CPU d’aujourd’hui et celle de 1971 ? »

Relire l’épisode 1 « Qu’est-ce qui vous a amené à prendre la CPU comme objet d’étude ? »

(1) : Christine Musselin travaille sur les universités et s’intéresse en particulier à ce qui caractérise leur gouvernance. Elle mène un ensemble de recherches sur les politiques d’enseignement supérieur. Ses travaux se situent au croisement de la sociologie des organisations, la sociologie de l’action publique et la sociologie économiqu