Alphanie Midelet, dernière ligne droite avant la finale internationale de Ma thèse en 180 secondes !

Alphanie Midelet, doctorante à l’Université Grenoble Alpes représentera la France en finale internationale du concours Ma thèse en 180 secondes avec son sujet de thèse “Traitement du syndrome d’apnée obstructive du sommeil par pression positive continue : étude des données de télésurveillance pour comprendre l’impact des modifications du traitement et prédire les évènements aigus” qu’elle réalise au sein du laboratoire Hypoxie et physiopathologies cardiovasculaires et respiratoires (Inserm, Université Grenoble Alpes).

A deux semaines de la finale internationale de Ma thèse en 180 secondes qui se déroulera cette année le 6 octobre au théâtre Outremont de Montréal, entretien avec Alphanie Midelet et le président de l’Université Grenoble Alpes, Yassine Lakhnech.

Vous avez remporté la finale française concours Ma thèse en 180 secondes en 2022 et vous vous envolerez dans quelques semaines pour la finale internationale qui aura lieu à Montréal. Quel est votre état d’esprit avant cet évènement ?
AM : En ce moment je suis en pleine rédaction de mon manuscrit de thèse, je dors peu et j’ai beaucoup de travail. Je vois Ma thèse en 180 secondes et la finale internationale comme une belle perspective de fin de travail et une libération !

Je suis assez excitée à l’idée de vivre une nouvelle expérience enrichissante comme l’a été toute l’édition en France, et de rencontrer de nouveau doctorants issus de 20 pays différents ! J’ai hâte de retrouver la dynamique de groupe que j’ai connu à chaque étape du concours, le partage avec les autres doctorants sur les sujets scientifiques et j’ai hâte d’avoir encore la chance de parler de mes travaux devant le grand public à l’occasion de la finale internationale.  

Nous avons un programme riche qui nous a été concocté par les organisateurs au Québec et la semaine de la finale va être intéressante !

Alphanie Midelet doctorante à l’Université Grenoble Alpes représentera la France lors de la finale internationale en octobre prochain, depuis le lancement du concours en 2014, 4 doctorants issus de votre université ont remporté le Premier prix de la finale nationale, quel est le secret de l’UGA ?  
YL : L’Université Grenoble Alpes est une université de renommé internationale reconnue dans plusieurs domaines. Elle a donc les capacités d’attirer des doctorantes et doctorants qui ont du talent. Ils nous le prouvent sur le plan scientifique avec l’excellente recherche qu’ils mènent mais aussi à travers d’autres occasion comme ce concours. Nous nous attachons à leur offrir le meilleur environnement scientifique possible.

À l’UGA, il y a 3000 doctorants et il y a un engouement pour la communication scientifique vers un large public, on le voit également avec la Fête de la science qui est historiquement très dynamique à Grenoble.

L’UGA a donc un creuset de candidats important pour le concours au point où nous sommes obligés de faire une sélection au moment de la formation, puis via une présélection pour ne conserver que 14 finalistes pour la Finale de l’académie de Grenoble.

Enfin, avant d’être un concours il s’agit pour nous d’une formation. Nos doctorants doivent faire 120 heures de formation. La formation MT180 autour de la prise de parole en public a beaucoup de succès. Elle est n’est pas réservée à 24 candidats au concours mais accueille 50 doctorantes et doctorants issus de toutes les disciplines.

Cette formation est très qualitative, les résultats au concours le démontrent, mais ce que nous apprécions avant tout dans cette formation c’est qu’il n’y a aucun esprit de compétition entre les candidats. Ils vivent une aventure collective tout à fait exceptionnelle qui les amènent dans une salle de spectacle et devant un public de plus de 950 personnes. C‘est unique et ils s’en rappelleront toute leur vie.

On imagine que la participation au concours prend du temps.  Qu’implique pour vous la préparation notamment la formation, les répétitions… et cela sur toute une année. Quel enseignement pouvez-vous tirer d’ores et déjà de cette expérience ?
AM : Le concours MT180 prend du temps certes, mais pas beaucoup plus qu’une formation quelconque ou toute autre expérience qu’on peut avoir en parallèle des travaux de thèse.

La formation au concours et les évènements n’ont pas empiété sur mon travail de thèse, il s’agissait surtout de temps de réflexion dilué sur mon temps libre. Quand on réfléchit plus largement sur sa présentation. Les formations et les expériences de communication ont toutes été enrichissantes et plaisantes et elles m’ont permis de prendre du recul sur mon travail de thèse et de modifier mon regard sur lui.

Grâce à la formation que j’ai reçue dans le cadre du concours, j’ai changé ma manière de communiquer à l’écrit et à l’oral, j’ai vraiment vu une évolution au fil du temps. J’ai appris à m’adapter au public que j’ai en face de moi, à prendre le temps de communiquer : ça passe par la gestion de sa respiration, de son stress, ne pas parler trop vite…

Cela n’a pas été un déclic mais une prise de conscience progressive. La formation de Ludovic Lecordier (Formateur MT180 à l’Université Grenoble Alpes, fondateur de Spontanez-vous) est centrée sur la spontanéité. En nous faisant travailler sur un ensemble d’exercices (de théâtre par exemple) il apprend à nous connaitre, à comprendre notre fonctionnement pour ensuite nous aider à créer notre discours. Le formateur s’adapte à nous et non l’inverse. Il m’a aidé à créer une présentation à mon image et avec laquelle je suis à l’aise. Cela m’a permis de réutiliser les acquis de la formation plus largement par la suite.

Au final, j’ai appris à communiquer de façon naturelle en m’affranchissant de la perception et du regard des autres. Et quand on a compris ça on peut plus facilement faire l’exercice.

L’Université Grenoble Alpes participe au concours depuis sa création. Quels sont les bénéfices que vous observez pour votre établissement et les étudiants qui y ont participé ? Avez-vous constaté une évolution au fur et à mesure de vos participations ?
YL : La ville de Grenoble est connue pour avoir une forte densité de scientifiques et d’ingénieurs, qu’ils travaillent à l’UGA, dans les organismes nationaux de recherche comme le CEA, le CNRS, Inria, dans les grands instruments ou encore dans les startups et les entreprises de haute technologie.

Et ce concours fédère, d’une certaine façon, l’ensemble de ce public qui chaque année est au rendez-vous. Nous avons dû, d’année en année, augmenter la taille de nos salles pour répondre à la demande toujours croissante.

Nous avons commencé à l’auditorium du Musée de Grenoble avec 275 places en 2014. Aujourd’hui, nous organisons la finale de l’Académie de Grenoble à la MC2, dans une salle de 980 places et les inscriptions sont closes en quelques jours (Nous avions organisé en 2019, la finale nationale dans cette même salle) avec des dizaines de milliers de vues sur Youtube car c’est retransmis en direct.

Il y a à Grenoble un engouement et une visibilité très importante pour cet événement. Mais c’est également une belle soirée, très vivante, très animée avec un public qui soutient son ou ses candidats et qui vote pour un prix.

Enfin, nous travaillons beaucoup avec les lycéens dans le cadre des Cordées de la réussite pour les attirer vers l’enseignement supérieur et les sciences. Un certain nombre de places leur sont réservées. Les doctorants finalistes interviennent dans les lycées avec notre formateur autour du grand oral qui est aujourd’hui une épreuve du baccalauréat.

Globalement nous créons du lien entre le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche et la société.

Enfin, pour les doctorants c’est une formation, ils acquièrent des compétences autour de l’aisance à l’oral tant sur l’expression que la gestuelle. Mais c’est aussi un dépassement personnel car à la fin des doctorants non professionnels du spectacle passent devant 950 personnes sur une scène gigantesque. Il faut maitriser son stress et cette prestation développe une confiance en soi extraordinaire. Leur progression entre leur arrivée et leur prestation sur scène en finale est tout à fait incroyable. Quand avant certaines ou certains pouvaient ne pas oser, se dire « je ne sais pas si je vais y arriver », aujourd’hui ils se disent qu’ils sont capables de tout.

Vous êtes en 3ème année de thèse. En tant que jeune doctorante, votre participation au concours a-t-elle changé votre façon d’appréhender votre travail de recherche ? et la manière de communiquer votre travail ?
AM : Le concours a changé la façon dont je perçois aujourd’hui mon travail, ça a redonné du sens à ce que je faisais. J’ai vu l’intérêt du public pour mon sujet, cela m’a permis de restée motivée. C’est toujours important et intéressant d’avoir des retours extérieurs à son labo sur sa thématique de recherche.

MT180 a aussi changé ma façon de parler de ma thèse. J’ai plus de facilités et j’aime plus en parler. J’ai désormais les outils pour avoir plusieurs niveaux d’explication en fonction de la personne à laquelle j’en parle et ne plus perdre leur attention au bout de quelques secondes.

Enfin, je me rends compte de la chance que j’ai eu d’aller si loin dans le concours, car au-delà du discours de 3 minutes j’ai eu la chance d’avoir de nombreuses expériences dans les médias et la communication scientifique. Chaque nouvelle intervention me demande d’adapter mon discours, c’est toujours très plaisant même si je regrette parfois que mon sujet de recherche soit peu mentionné.

Le nombre de doctorants de notre pays a tendance à baisser, le statut de docteur en France n’a pas la même attractivité que partout ailleurs dans le monde. Quels pourraient être selon vous, les mesures à prendre pour attirer les étudiants vers ces carrières de recherche ?
YL : Il faut valoriser davantage le doctorat au sein de la société. Le doctorat, il faut le rappeler, est le plus haut niveau de diplôme universitaire et reste le diplôme avec la plus forte reconnaissance à l’international. Les diplômés de l’UGA ont globalement pas de problème pour être recrutés puisque nous sommes à 96% d’employabilité selon nos enquêtes avec des débouchés dans tous les domaines. C’est également à faire savoir.

Néanmoins, il y a encore un manque de reconnaissance du diplôme par les entreprises (voire par l’Etat) qui privilégient les diplômes issus des grandes écoles, même si cela commence à évoluer positivement.

Enfin, il faut que les métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur deviennent plus attractifs. Des mesures intéressantes ont été prises allant dans ce sens notamment dans le cadre de la LPR mais il faut poursuivre l’effort.

Faire un doctorat, c’est l’aboutissement d’un parcours très sélectif qui nécessite un investissement considérable pour arriver à la soutenance et derrière il y a beaucoup de compétences extrêmement utiles, voire rares pour les entreprises et la société : des compétences d’analyse, des compétences techniques, de gestion de projet, d’autonomie, d’ouverture ou encore d’esprit critique. C’est aussi une première expérience professionnelle. Nous vivons, par ailleurs, une époque où nous faisons face à de grands défis autour de questions liées au climat, à l’énergie, à l’environnement et sociétales.  Ce sont en grandes parties des doctorants, puis des docteurs qui seront apporteurs de solutions de monde demain.

Ma thèse en 180 secondes participe à faire connaitre le doctorat et nous organisons, par ailleurs, la Cérémonie des docteurs qui nous permet de célébrer la remise des diplômes de docteurs et des prix de thèse devant les amis et les familles. L’Université reconnait le parcours exemplaire de ses diplômés, il faut que la société le fasse également car ces diplômés sont notre fierté à toutes et tous.

Alphanie Midelet sera en finale internationale de Ma thèse en 180 secondes le 6 octobre 2022, en direct de Montréal à partir de 19h (1h du matin le 7 octobre heure française). Elle affrontera 19 candidats venus du monde entier pour présenter leur thèse en 3 minutes et pas une seconde de plus ! Bonne chance à elle et vive la transmission de la science !
Plus d’informations sur la finale internationale.

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