Regards croisés : Alain Gonzalez et Gilles Roussel - La formation tout au long de la vie à l’Université

Alors que le salon « Nouvelle vie professionnelle » ouvre ses portes le 27 novembre, Alain Gonzalez, président de la Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue et Gilles Roussel, président de l’Université Paris-Est et président de la commission de la formation et de l’insertion professionnelle à la CPU reviennent sur le rôle de l’Université dans la formation tout au long de la vie. L’occasion aussi de dresser un bilan et de donner des voies possibles d’amélioration.

1)    Dans quelle mesure le développement de la formation tout au long de la vie est-il un défi de société ?

Alain Gonzalez : Alors qu’il y a quelques années, on restait en moyenne 15 ou 16 ans dans la même entreprise, aujourd’hui, on y reste beaucoup moins longtemps. On est donc confrontés à un nouveau défi : accompagner la montée en compétences rapide des salariés afin que ces derniers restent opérationnels au sein ou en dehors de leur entreprise. Ce phénomène va petit à petit impacter tous les salariés, cadres comme professions intermédiaires.
Gilles Roussel : Je rajouterai qu’en France, le poids du diplôme initial reste extrêmement lourd. Dans les autres pays, la formation tout au long de la vie est beaucoup plus valorisée. Pour moi, il y a deux priorités : minimiser le poids du diplôme initial qui est un vrai frein pour la société française ; et penser l’entreprise comme un lieu où le salarié peut faire évoluer ses compétences. L’entreprise a aussi l’obligation de se transformer.

2)    Aujourd’hui, on estime à 50 % le nombre de salariés qui envisagent de changer de métier ou de secteur dans les trois ans. Les universités sont-elles prêtes pour accompagner ces changements ?

A G : Le retour à l’Université en formation continue concerne surtout « la formation initiale différée », c’est-à-dire la possibilité d’obtenir une licence, un master, voire un équivalent bac. En revanche, pour les formations complémentaires, qui s’adressent à des gens déjà diplômés, les salariés se tournent moins naturellement vers l’Université. Les stages de courte durée « montée en compétences » se font essentiellement en médecine. Il faudrait maintenant les développer prioritairement dans les autres disciplines.
G R : Oui, et je pense particulièrement au domaine du numérique, du management, de la banque-finance, de l’économie-gestion, et tous les domaines techniques ou technologiques. L’Université doit donner confiance aux branches professionnelles et aux entreprises pour construire, avec elles, des actions de formation prévalidées en amont. Ce serait une coconstruction entre l’Université et l’entreprise. Il est nécessaire de donner aux entreprises, et aux branches professionnelles une place importante dans la formation universitaire.

3)    Y a-t-il des attentes spécifiques de la part des salariés vis-à-vis des universités ?

A G : L’Université délivre des diplômes nationaux reconnus et cela reste un élément fort de notre image de marque. Beaucoup de salariés se tournent donc naturellement vers l’Université. On a aujourd’hui beaucoup de demandes. Dans nos établissements la part des reprises d’études qui ne correspondent pas à des étudiants « standards » peut avoisiner 15 à 25% des inscrits. Mais, la difficulté majeure à laquelle sont confrontés les salariés est le financement de leur projet de formation.

4)    Existe-t-il des disparités entre les universités dans l’offre de formations ?

G R : La loi stipule que toute personne a le droit de reprendre ses études à l’Université. Il faut savoir qu’aujourd’hui, tous les diplômes sont ouverts à la formation continue. Il existe 4 voies de certification : formation initiale, formation continue, apprentissage, validation des acquis. Pourtant, il n’existe pas à chaque fois de parcours spécifique « formation continue ». Celui-ci peut être mixé à la fondation initiale, ou à l’apprentissage. La mise en place de la formation continue dépend de la culture de chaque l’université. En effet, dans certaines d’entre-elles, on note une acceptation plus grande de la présence de personnes ayant un profil atypique au sein des modules. Leur accès y est donc facilité.
A G : Pour compléter, si on regarde l’Ile-de-France, on constate que les universités qui font le plus de formation continue sont celles qui sont sur les territoires où il y a un vrai besoin de formation initiale différée. On peut penser à Paris 13, Paris 8, Nanterre, l’UPEC. Ça dépend beaucoup de l’Université et de son territoire. L’université de Lille1 qui a  beaucoup misé sur la formation notamment pour accompagner les nombreux salariés en reconversion sur son territoire à une activité formation continue très développée.

5)    Quelles démarches un actif doit-il effectuer pour suivre une formation à l’Université ? A qui s’adresser ?

A G : Au sein de chaque université, il existe un service dédié à la formation continue avec un point d’accueil unique. Après un contact direct avec la composante d’enseignement ou avec les conseillers VAE, le cas échéant, chaque personne est accompagnée dans sa démarche de reprise d’étude.
L’objectif de ces services est d’apporter une réponse individuelle qui peut aboutir aussi à réorienter la personne.
G R : C’est aussi le service où l’on aide la personne à trouver les bonnes sources de financements, ce qui peut se révéler complexe et où a lieu la signature pour entrer dans la formation. Il y a donc un accompagnement administratif, mais aussi pédagogique.
A G : Si la formation continue se développe davantage, la question de cet accueil, qui est une vraie valeur ajoutée, se posera. Il faudra alors réfléchir à la façon dont on peut maintenir cet accueil de qualité.

6)    L’offre universitaire est-elle adaptée à la formation tout au long de la vie ? quels sont les progrès qui restent à accomplir ?

A G : Pour le moment, l’offre est insuffisamment adaptée mais il est vrai que cette mission est récente. Le rythme universitaire, qui s’étale d’octobre à juin, n’a pas été pensé pour des publics adultes qui viendraient chercher à l’université des parcours « montée en compétences », par exemple. La question aujourd’hui qui se pose est la suivante : est-on capable de s’adapter à une demande qui arrive tout au long de l’année et non pas seulement au moment du calendrier universitaire? C’est donc une transformation en profondeur qu’il faut mener. Cela pourra prendre de 5 à 10 ans mais nous y parviendrons.
La formation doit également être proposée en dehors des temps de travail. Il est nécessaire qu’elle soit ouverte à distance : les enseignants seront amenés  à accompagner à distance les stagiaires en formation continue le soir, le week-end ou pendant les vacances. L’Université a beaucoup d’atouts, mais elle n’est pas, toujours, organisée pour répondre pleinement à cette nouvelle demande.

7)    Quelle est la valeur ajoutée d’une validation des acquis de l’expérience (VAE) ? Comment cette démarche s’intègre-t-elle à la formation tout au long de la vie ?

A G : Depuis mars 2014, la VAE est un droit opposable, c’est-à-dire que personne ne peut se voir refuser le droit de déposer un dossier. La VAE est une reconnaissance d’un parcours professionnel relativement long qui permet à un salarié de valider les compétences acquises et d’obtenir une licence ou un master, partiellement ou totalement.
G R : L’accompagnement permet aussi à la personne de prendre du recul et de mieux appréhender les compétences qu’il a acquises au cours de son parcours. La VAE est une sorte de bilan de compétences. Au-delà de la reconnaissance au sein de son entreprise, il y a tout un travail d’introspection par rapport à son parcours.

Crédit photo : Université de Marne la Vallée

Sur le même thème

15 novembre 2022

France universités est particulièrement heureuse de la tenue de ces Assises, car les mathématiques occupent une place particulière parmi nos champs disciplinaires....