"C'est un véritable roman" : un professeur originaire de Montbéliard accusé d'avoir créé un "faux prix Nobel"
D’après ICI Belfort Montbéliard, Pauline Boudier, Robin Schmidt
Florent Montaclair est un enseignant rattaché à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon. En 2016, il reçoit la « médaille d’or de philologie », décernée par une soi-disant société internationale. La récompense est totalement fausse, selon le parquet de Montbéliard qui a ouvert une enquête.
Il avait été récompensé, entouré d’élus, dans un salon doré de l’Assemblée nationale en 2016. La presse a présenté, à l’époque, Florent Montaclair comme un prestigieux chercheur fait lauréat de la « médaille d’or de philologie », comparable à un prix Nobel ou à la médaille Fields en mathématiques.
Le Bisontin, vivant à Montbéliard, est aujourd’hui soupçonné de faux, d’usage de faux, d’usurpation et d’escroquerie par le parquet de Montbéliard, qui a ouvert une enquête début février 2026. La médaille qu’il a reçue est fausse, et c’est l’enseignant qui a orchestré cette supercherie, a déclaré mardi lors d’une conférence de presse le procureur de Montbéliard, confirmant les informations de nos confrères de l’Est républicain. Les médias locaux avaient relayé l’information en parlant d’une médaille « similaire à un prix Nobel ». Le mis en cause nie avoir fait ce rapprochement.
« C’est un véritable roman, à dormir debout »
Le constat des enquêteurs est très clair : il n’existe aucune médaille d’or de philologie, pas plus qu’une société internationale chargée de la décerner. Son existence sur Internet tient à un site obscur, dont Florent Montaclair a reconnu être le créateur. « C’est peut-être moi, mais je ne m’en souviens pas », a-t-il dit aux enquêteurs, selon le parquet. Son domicile, ainsi que la médaille, ont été perquisitionnés le 11 février, indique le parquet de Montbéliard. L’enseignant rattaché à l’université Pasteur de Besançon a été longuement entendu par les enquêteurs.
L’enseignant bisontin a reconnu avoir commandé la médaille à une société de joaillerie parisienne. Elle a été livrée à Besançon, à l’adresse d’une association culturelle locale domiciliée chez ses parents. « C’est un véritable roman », s’étonne Paul-Edouard Lallois. Pourquoi toute cette machinerie ? « Pour la gloire, la reconnaissance », répond le procureur de Montbéliard. Florent Montaclair se justifie « d’une tentative du monde universitaire de créer une distinction savante, une tentative avortée », conclut-il. Sans jamais reconnaître l’intention de tromper son entourage et le monde académique.
Une première procédure en 2018
Déjà en mars 2018, une première procédure judiciaire avait été ouverte à Paris concernant Florent Montaclair. En postulant dans une procédure interne pour devenir maître de conférences ou professeur des universités, il fournit un doctorat américain en philologie qu’il a obtenu en 2015. Il l’aurait validé par correspondance, auprès d’une université du Delaware. Curieusement, c’est également cette université, basée à Lewes dans le nord-est des États-Unis, qui abrite cette même société de philologie qui décerne la fameuse médaille.
Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche saisit le procureur de Paris, doutant des documents fournis par le professeur bisontin : l’université n’est pas reconnue aux États-Unis, le diplôme présente des anomalies, et les membres du jury de thèse de Florent Montaclair sont impossibles à joindre. Dans le cadre de l’enquête, le mis en cause est entendu : il explique n’avoir jamais mis un pied à Lewes, et d’avoir eu le diplôme par correspondance en 2015. Faute de preuves, la procédure n’aboutira pas.
Une enquête en cours
L’engrenage judiciaire se réactive à la fin de l’année 2025. Une commission disciplinaire de l’université Pasteur à Besançon convoque Florent Montaclair pour qu’il s’explique sur l’origine de cette « médaille d’or de philologie », indique le parquet de Montbéliard. Le professeur refuse de fournir les documents attestant de la véracité de la récompense. Au titre de l’article 40, le président de l’université saisit le procureur de Montbéliard, Paul-Edouard Lallois. En février, ce dernier ouvre une enquête préliminaire pour faux, usage de faux, usurpation de titre et escroquerie.
Le mis en cause se défend : il n’a pas produit de faux, puisque la médaille n’est pas une reproduction d’un prix existant. Ce n’est pas un « faux prix Nobel ». Qu’a-t-il gagné, concrètement, avec cette vraie fausse médaille ? C’est ce que l’enquête préliminaire va tenter d’éclaircir. Car, six ans après l’avoir reçue, en juillet 2022, Florent Montaclair décroche l’agrégation de lettres modernes sur dossier. Si l’obtention de cette promotion a à voir avec sa récompense en 2016, le procureur peut qualifier ces faits d’escroquerie.
Jusqu’à cinq ans d’emprisonnement
Pour l’instant avec cette médaille, Florent Montaclair n’a obtenu qu’une seule chose concrète : une médaille d’honneur de la ville de Montbéliard. La ville, ainsi que l’université de Besançon, pourraient se constituer partie civile si l’affaire était portée devant les tribunaux. Avec les faits qui lui sont reprochés, Florent Montaclair risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.
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