Transformations de la santé : ce que le colloque de France Universités & Portiqo met en lumière
Accès aux soins sous tension, désinformation, évolution des métiers de la santé, impact de l’intelligence artificielle : les défis auxquels fait face notre système de santé sont clairement identifiés.
C’est précisément l’objet du colloque « L’Université au cœur des transformations de la santé », organisé par France Universités et le think tank Portiqo, qui a réuni à Paris, universitaires, chercheurs, étudiants, professionnels de santé et acteurs publics.
La désinformation en santé, un enjeu central
« La décision, elle est politique. L’éclairage, il est scientifique. Et l’information, elle doit être donnée aux citoyens. C’est ce triangle de démocratie en santé, de démocratie participative, qui est au cœur de notre démocratie. »
— Jean-François Delfraissy
Par ces mots, Jean-François Delfraissy a posé un cadre clair : la question de la santé ne se limite pas aux soins. Elle touche directement à la qualité de l’information, à la confiance et, au-delà, au fonctionnement démocratique.
Il l’a également rappelé avec insistance :
« Les Français font confiance à la science. »
Un point d’appui essentiel, mais fragile, dans un contexte où la désinformation peut influencer les comportements et fragiliser la relation au savoir scientifique. Comme l’a rappelé Mathieu Molimard, « la santé est aujourd’hui le premier sujet de désinformation ».
Un accès aux soins qui ne se résume pas au nombre de médecins formés
La question des déserts médicaux a occupé une place centrale dans les échanges, avec un constat partagé : augmenter le nombre de professionnels de santé ne suffit pas à lui seul à résoudre les difficultés d’accès aux soins.
Comme l’a rappelé Sonia de La Provôté :
« Ce n’est pas l’augmentation du numerus clausus qui va régler la question de l’accès aux soins dans les territoires »
Répartition des professionnels, conditions d’exercice, organisation du système de santé : les leviers sont multiples.
Comme cela a été souligné : « On ne peut pas traiter la question des déserts médicaux uniquement par la formation ».
Le président de l’Université de Tours, Philippe Roingeard a également évoqué la piste d’une régionalisation partielle de l’internat, une proposition à laquelle Marianne Kermarc, présidente de l’ANEMF, s’est montrée réservée.
Vincent Lisowski, président de la Conférence des doyens de pharmacie, a rappelé que le pharmacien, professionnel de santé le plus facilement accessible, voit son rôle évoluer dans la prise en charge des patients, une évolution qui doit s’accompagner d’une adaptation des formations.
Du côté des universités, la formation reste néanmoins un levier structurant. Comme l’a souligné Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyens de médecine, l’enjeu est aussi de former « des médecins au bon endroit », en renforçant notamment la présence des étudiants et des internes dans les territoires.
Des métiers en transformation
L’intégration des formations paramédicales à l’université s’inscrit dans une dynamique engagée mais encore en construction, avec des enjeux à la fois pédagogiques, territoriaux et professionnels.
Comme l’a souligné Christine Ammirati, « il s’agit d’une intégration pédagogique au sein de l’université, et non d’une intégration organique ». Un modèle spécifique, qui vise à renforcer les liens entre formation, recherche et pratiques, tout en préservant le maillage territorial des instituts.
Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives, notamment en matière de parcours et d’accès à la recherche, mais elle suppose aussi de trouver un équilibre entre universitarisation et professionnalisation. Comme l’a rappelé Damien Sarmeo, « il ne faut surtout pas opposer université et professionnalisation ».
Au-delà de l’organisation des formations, c’est une transformation plus large des métiers qui est engagée, avec le développement de nouvelles compétences et une évolution des parcours, au plus près des besoins du système de santé.
L’intelligence artificielle, entre opportunités et vigilance
L’intelligence artificielle n’est plus une perspective : elle transforme déjà concrètement la recherche et les pratiques en santé.
Comme l’a souligné Mustapha Ouladsine : « Ce n’est pas du futur, c’est en cours : la capacité à traiter des données numériques massives change déjà la donne. »
Aide au diagnostic, analyse d’imagerie, automatisation de certaines tâches : ses usages se multiplient, avec des outils déjà opérationnels dans certains contextes.
Mais ces avancées posent une question centrale : celle de leur usage et de la place du professionnel de santé.
Comme l’a résumé Clémentine Body : « Prédire ne veut pas dire décider, générer du contenu ne veut pas dire comprendre, et automatiser n’est pas remplacer. »
Le rôle structurant des universités
Dans ce contexte, le rôle des universités apparaît central.
Comme l’a rappelé Lamri Adoui, président de France Universités :
« La santé, ce n’est pas seulement une affaire de soins. C’est aussi — et peut-être d’abord — une affaire de connaissances, de formation et de recherche, au cœur des missions de l’université. »
En France, les universités forment aujourd’hui près de 150 000 étudiantes et étudiants en santé, dont plus de 100 000 en médecine.
Face au vieillissement de la population, à la progression des maladies chroniques, aux enjeux de santé mentale, aux transitions environnementales et aux mutations technologiques, elles sont en première ligne.
Former les professionnels de santé, produire les connaissances scientifiques, les diffuser auprès des citoyens : ces missions sont au cœur des réponses à apporter aux défis actuels.
En conclusion, Philippe Ruszniewski a rappelé la nécessité de penser ces transformations dans leur globalité, en articulant formation, recherche, organisation des soins et information des citoyens.
France Universités & Portiqo remercient l’ensemble des intervenantes et intervenants pour la qualité des échanges, ainsi que MGEN, partenaire de l’événement, pour son accueil.

