« Être absent du champ de bataille informationnel, c’est renoncer à peser »
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« Être absent du champ de bataille informationnel, c’est renoncer à peser »

France Universités : date de publication

    À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les universités peuvent-elles laisser à d’autres le soin de raconter ce qu’elles sont et ce qu’elles apportent à la société ? Le 2 octobre, France Universités a réuni les directrices et directeurs de la communication de ses établissements membres à l’Université Paris Dauphine – PSL, en partenariat avec l’ARCES et COMOSUP. Une journée pour interroger la place de l’Université dans le débat public et travailler collectivement aux moyens de peser davantage sur les sujets qui compteront dans le débat présidentiel en 2027.

    Déficits budgétaires, droits d’inscription, Parcoursup, mobilisations étudiantes… L’Université occupe régulièrement l’actualité. Mais être dans l’actualité ne signifie pas nécessairement peser sur les termes du débat.

    À quelques mois de l’élection présidentielle, la distinction est essentielle. Car derrière les sujets qui font la Une se joue une question plus large : quelle place l’Université occupe-t-elle dans le récit collectif sur l’avenir du pays ?

    C’est sur ce terrain que France Universités, l’ARCES et COMOSUP ont choisi de réunir les directrices et directeurs de la communication des établissements.

    « Un discours de démonstration par la preuve »

    En ouverture, Arnaud Mias, vice-président Recherche de l’Université Paris Dauphine – PSL, a rappelé que l’Université est à la fois « pilier », « actrice » et « objet » du débat public. Dans un espace public traversé par la désinformation et la remise en cause des savoirs scientifiques, sa responsabilité dépasse ainsi la seule défense de ses intérêts.

    Hélène Boulanger, vice-présidente de France Universités et présidente de l’Université de Lorraine, a placé cette responsabilité dans la perspective de 2027. Face à la multiplication des discours sur l’enseignement supérieur, l’enjeu n’est pas de « matraquer » un message, mais de convaincre : « Il faut que nous parvenions à porter un discours qui ne soit pas de l’ordre du matraquage, mais un discours de démonstration par la preuve. » Une démonstration qui ne peut être seulement individuelle : « Chaque université a besoin des autres. Nous avons besoin du collectif des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. »

    Ne pas subir l’agenda

    La table ronde qui a suivi a rapidement déplacé le débat : comment parler des universités sans rester enfermé dans les sujets sur lesquels elles sont régulièrement sommées de réagir ?

    Pour Marie-Cécile Naves, déléguée générale de France Universités, la première bataille est celle de l’évidence : « Il faut toujours dire pourquoi les universités comptent. » Une évidence au sein de l’enseignement supérieur et de la recherche qui ne l’est pas nécessairement ailleurs, y compris auprès de celles et ceux qui prennent les décisions.

    Former, produire des connaissances, faire avancer la recherche et l’innovation, contribuer à la souveraineté et à l’influence de la France, irriguer les territoires, accompagner la jeunesse : parler de l’Université suppose donc de remettre ces réalités au centre du débat.

    Et de ne pas laisser les seules controverses fixer l’agenda.

    David Colon, chercheur à Sciences Po et spécialiste de la désinformation, l’a formulé sans détour : « Il ne faut pas se laisser dicter l’ordre du jour médiatique, l’ordre du jour budgétaire. » Plutôt que de répondre uniquement au manque de moyens, il invite ainsi à montrer ce que des moyens supplémentaires permettent concrètement de faire. Et à incarner davantage les sujets : derrière un budget, il y a des étudiants, des chercheurs, des laboratoires, des formations et des résultats.

    Le constat rejoint celui de Bérengère Bocquillon, cheffe du service Société de RMC. Pour qu’un sujet universitaire trouve sa place dans un média généraliste, encore faut-il pouvoir le relier aux préoccupations de son public, le rendre accessible et lui donner un visage. Elle pointe ainsi « un grand décalage entre les débats dans l’Université et les débats dans le grand public ».

    Un décalage qui n’a rien d’une fatalité. Selon elle, il existe des portes d’entrée très concrètes pour parler autrement des universités : chercheurs, étudiants, données, initiatives ou réalités observées directement dans les établissements. Autrement dit : donner à voir l’Université autant que l’expliquer.

    « Ne pas être sur X est une faute historique »

    C’est sur le terrain numérique que David Colon a porté l’avertissement le plus frontal de la matinée.

    Pour le chercheur, la circulation de l’information a profondément modifié le rapport de force. Les universités et leurs chercheurs évoluent désormais dans un espace où récits, attaques, fausses informations et controverses peuvent se propager à grande vitesse et influencer ensuite le traitement médiatique.

    Son analyse de X a suscité le débat, alors que plusieurs établissements ont choisi de quitter la plateforme. Interpellé précisément sur ce choix, David Colon défend au contraire la nécessité d’y maintenir une présence : « Ne pas être sur X est une faute historique, je vous le dis. Je comprends les gens qui se retirent de X, mais il faut y être. »

    Une position qu’il justifie par la place qu’occupe encore la plateforme dans la fabrique de l’agenda médiatique et politique : « Être absent du champ de bataille informationnel, c’est renoncer à peser. »

    Au-delà de la plateforme elle-même, son propos pose une question plus générale : celle de la capacité des universités à faire circuler leurs propres informations et à mobiliser leur communauté. Comptes institutionnels, chercheurs, personnels, étudiants : l’influence ne repose plus uniquement sur la parole officielle d’un établissement, mais aussi sur sa capacité à créer des relais et à amplifier collectivement ses messages.

    Marie-Cécile Naves l’a résumé autrement : « Il y a une vraie appétence aujourd’hui en France pour l’expertise, pour comprendre le monde, pour comprendre la société. » Une attente qui offre aux universités un espace à investir, à condition de rendre leurs savoirs accessibles sans les appauvrir.

    2027 : peser sur les termes du débat

    L’enjeu n’est donc pas de faire entrer l’Université dans le débat public : elle y est déjà. Il est de peser davantage sur les sujets autour desquels ce débat se construit.

    À l’approche de l’élection présidentielle, la question est centrale. Jeunesse, science, recherche, souveraineté, territoires, démocratie : autant d’enjeux auxquels les universités contribuent directement et qu’elles entendent placer au cœur du débat, bien au-delà des seules questions budgétaires auxquelles elles sont régulièrement ramenées.

    Pour y parvenir, la communication universitaire ne peut plus se résumer à valoriser chaque établissement séparément ou à réagir à l’actualité. Elle suppose aussi de mieux faire circuler l’information, de partager des contenus et de pouvoir porter collectivement certains sujets lorsque le débat public l’exige.

    La seconde partie de cette rencontre a précisément permis de passer du constat à l’action. Les directrices et directeurs de la communication ont travaillé sur trois leviers : la circulation de l’information entre France Universités et ses membres, les contenus susceptibles d’être portés collectivement et leur amplification.

    Car l’objectif dépasse la visibilité des universités : faire en sorte que lorsque la France débat de son avenir, elle débatte aussi de l’avenir de ses universités.

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